• À la manière de Michel Serres : les étudiantes du premier rang

     

     

     

    Michel Serres (1er septembre 1930-1er juin 2019).

    1. Michel Serres (1er septembre 1930-1er juin 2019). Image extraite d’un entretien diffusé le 28 novembre 1980 (source : France 3 régions. Collection Tribune Libre. INA. Référence 04626).

     

    Ce matin, en écoutant la radio, j’ai appris la disparition survenue, à l’âge de 88 ans, de Michel Serres, qui fut professeur d’histoire des sciences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et membre de l’Académie française.

     

     

     

     

     

    . Internet, la nouvelle Bibliothèque Universelle (B.U.) des étudiants, des professeurs et des chercheurs

          2. Internet, la nouvelle Bibliothèque Universelle (B.U.) des     étudiants, des professeurs et des chercheurs.

     

     

    « Plus tard, j’eus à mesurer les distances du savoir. Mieux valait habiter Paris ou une grande ville pour accéder aux bibliothèques, aux universités, aux centres documentés. Un renseignement, une citation pouvaient coûter des journées de voyages et des heures de recherche. Clic, aujourd’hui, un centième de seconde pour le même résultat » (Michel Serres, C’était mieux avant !, éd. Le Pommier, 2017, p. 61).

     

     

    En hommage à ce collègue touche-à-tout, amoureux de Wikipedia et des bibliothèques numériques, voici un entretien imaginaire, imité de sa chronique Le Sens de l’Info sur France Info avec Michel Polacco, qui nous étonnait, amusait ou agaçait, chaque dimanche, de 2004 à 2018.

     

    Le thème en est : Pourquoi les étudiantes en droit sont elles toujours au premier rang des amphis ?

     

     

     

     

    L’énigme de l’étudiant-fille au chapeau

         3 L’énigme de l’étudiant-fille au chapeau (Sources Wikipedia : Chapeau).

     

     

    Renault Delco. J.B. bonjour.

     

    J. B. Bonjour, Renault.

     

    Renault Delco. J. B., le mois dernier nous parlions des jeunes grisettes du Quartier Latin, accompagnant jusqu’à la porte de l’École de Droit de Paris nos jeunes Messieurs qui étudiaient pour devenir hommes de lois. Vous nous disiez alors que, dans un argot d’antan, le Littré dénommait ces jeunes filles des étudiantes, alors même qu’elles ne pouvaient étudier dans nos facultés pour devenir femmes de lois. Aujourd’hui, je vous propose de revenir sur cet aspect de l’université de jadis : l’interdiction faite aux demoiselles et aux dames de suivre des cours sur les bancs des amphithéâtres de la Sorbonne.

     

     

    J. B. Renault, je vous remercie d’aborder cette question qui me préoccupe beaucoup. Quelle place doivent tenir les demoiselles, jeunes ou vieilles filles, et les dames, mariées ou veuves, dans les amphithéâtres des facultés de droit de Paris ou de Province ? Doivent-elles être aux premiers rangs, au milieu ou aux derniers rangs ? Depuis que je fréquente les amphis des facultés de droit, j’observe que nos étudiants-filles sont toujours aux premiers rangs des amphis, et les étudiants-garçons aux derniers rangs. Je me suis donc demandé la raison de cette position. Et bien, voyez-vous Renault, je connais aujourd’hui la réponse. Si les étudiants-filles sont toujours aux premiers rangs c’est uniquement pour embêter les étudiants-garçons.

     

     

    Renault Delco. Pour embêter les garçons ? Vous m’étonnez J. B. Je croyais que c’étaient les garçons qui embêtaient toujours les filles ? 

     

    J. B. Pas toujours, mon Cher Renault, pas toujours ! L’émancipation des femmes a opéré une véritable révolution copernicienne : l’égalité entre les caractères masculins et féminins. Souvenez-vous de ce qu’écrivait La Barre de Chocolat Poullain : « L’esprit n’a point de sexe ». Aussi, dès que les premières étudiantes ont été accueillies dans nos universités, que ce soit à Lyon en 1863 ou à Paris en 1884, elles ont obtenu ou, plus précisément, pris le droit d’embêter à leur tour les garçons en s’asseyant aux premiers rangs des amphithéâtres.

     

     

     

     

     

    Poullain de la Barre : « De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral. Où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés », 1673

    4 Poullain de la Barre : « De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral. Où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés », 1673.

     

    Renault Delco. Mais, en quoi les étudiants-filles embêtent-elles les étudiants-garçons en s’asseyant toujours aux premiers rangs des amphis ?

     

    J. B. Avec un accessoire de mode qui leur permet d’augmenter leur taille et d’empêcher nos jeunes Messieurs de voir les jambes de leurs professeures de droit : le chapeau à plumes ou à fleurs, mon cher Renault, le chapeau à plumes ou à fleurs ! En voici la preuve photographique argentique formelle par quatre.

     

     

     

     

    Classe à l'université vers 1350

    5. Document n° 1. Étudiants-garçons avec coiffe-basse en l’absence d’étudiants-filles (Classe à l'université vers 1350. Le Professeur exécutant la lectio [lecture] sur sa chaire universitaire. Sources. The Yorck Project : 10.000 Meisterwerke der Malerei. Laurentius de Voltolina. Berlin. Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz). 

     

    Primo, lorsque nos jeunes Messieurs sont seuls autorisés à suivre les cours en amphithéâtre, ils se répartissent dans tous les rangs, du premier au dernier. Ils se gardent bien de porter des hauts-de-forme afin de ne pas empêcher ceux qui sont derrière de voir le professeur sur sa chaire (document n° 1).

     

     

     

     

    Étudiants-filles en amphithéâtre sans coiffe en l’absence d’étudiants-garçons

    6. Document n° 2. Étudiants-filles en amphithéâtre sans coiffe en l’absence d’étudiants-garçons.

     

    Secundo, lorsque nos jeunes filles sont seules autorisées à suivre les cours en amphithéâtre, elles se répartissent dans tous les rangs, du premier au dernier. Aucune d’elles ne portent de coiffe ou de chapeau afin de ne pas empêcher celles qui sont derrière de bien voir le professeur (document n° 2).

     

     

     

     

               Paris. La Sorbonne. Cours de Monsieur le Professeur Michaud 

    7. Document n° 3. Étudiants-filles en amphithéâtre avec coiffe en présence d’étudiants-garçons et de professeurs-hommes (Paris. La Sorbonne. Cours de Monsieur le Professeur Michaud).

     

    Tertio, lorsque nos jeunes filles en chapeau suivent des cours en commun avec nos jeunes Messieurs, elles n’occupent jamais le premier rang si le professeur est un homme (document n° 3).

     

     

     

     

    (Paris. La Sorbonne. Cours années 1900).

    8. Document n° 4. Étudiants-filles en amphithéâtre avec coiffe en présence d’étudiants-garçons et de professeurs-femmes (Paris. La Sorbonne. Cours de Madame le Professeur X).

     

    Quarto, lorsque nos jeunes filles en chapeau suivent des cours en commun avec nos jeunes Messieurs, elles se placent toujours aux premiers rangs si le professeur est une femme (document n° 4).

     

    Renault Delco. Chapeau ! Votre découverte est fondamentale. Votre argumentation, en haut-de-forme de syllogisme, est tout à fait convaincante. On voit bien que vous êtes passé par la faculté de Vincennes comme cela est mentionné dans votre biographie sur Wikipédia.

     

     

    J. B. Vous êtes sûr ? Je croyais l’avoir effacé !

     

    Renault Delco. Oui, oui, j’en suis sûr et certain, puisque je l’ai consultée hier soir pour préparer notre entretien scientifique. Mais, revenons-en, J. B., à ma première question. Pourriez-vous nous en dire davantage sur l’accueil des premières étudiantes en droit dans les amphithéâtres des universités françaises.

     

    J. B. Très volontiers, mon cher Delco, je vais vous raconter cette histoire dont les sujettes me semblent assez plaisantes pour amuser quelques minutes la masse croissante et fine de mes visiteuses. Mais, comme il se fait tard, je vous propose de nous retrouver dans une prochaine chronique. Au revoir. 


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