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    Grandville. Le procès. Lithographie 1833

    Jean Ignace Isidore Gérard, dit Grandville ou Jean-Jacques Grandville (1803-1847). Le Procès. La Caricature. 21 mars 1833. Lithographie. 

     

    Cette rubrique intitulée « Comédies du Droit » sera constituée, au fil des mois, de textes d’auteurs célèbres, méconnus ou anonymes, qui ont tourné le droit et les gens de justice en dérision. Ces textes seront enrichis de nombreuses images anciennes.

     

     

    ☺Pour l’heure, voici quelques témoignages vibrants et émouvants de grands écrivains sur leurs études de droit.

     

     

    Voltaire, élève brillant en rhétorique et en philosophie, négligea ses études de droit commencées en 1713 : « Ce qui m’a dégouté de la profession d’avocat, c’est la profusion de choses inutiles dont on a voulu charger ma cervelle » (Lettre au marquis d’Argenson, 1739).

     

     

     Honoré de Balzac, qui avait fréquenté, de 1816 à 1819, les bancs de l’École de Droit du Panthéon écrivait : « Je ne me suis point sali les pieds dans ce bouge à commentaires, un grenier à bavardages, appelé École de Droit » (Le contrat de mariage, 1835).

     

     

    Franz Kafka racontait : « Je fis donc des études de droit, c’est-à-dire que, m’épuisant sérieusement les nerfs pendant les quelques mois qui précédaient les examens, je me suis nourri spirituellement d’une sciure de bois que, pour comble, des milliers de bouches avaient déjà mâchée pour moi » (Lettre au père, 1919).

     

     

     

    Le Droit : on ne sait pas ce que c'est (Gustave Flaubert)

    " Le droit est la plus puissante des écoles de l'imagination. Jamais poète n'a interprété la nature aussi librement qu'un juriste la réalité " (Jean Giraudoux. La guerre de Troie n'aura pas lieu. 1935).

     

     

    D'autres, à la plume élégante et parfois piquante, délaissèrent le droit et l'avocature pour la tragédie ou la comédie où ils purent éventuellement témoigner d'une parfaite connaissance du langage de la basoche (hommes de lois: juges, avocats, procureurs, etc.).

     

       Parmi eux, Pierre Corneille (1606-1684), qui fut reçu avocat au Parlement de Rouen, en juin 1624, à l’âge de dix-huit ans, après avoir été licencié ès loix d’une Faculté de droit de province, sans doute celle de Caen ou de Poitiers (dans sa Comédie : Le Menteur, Corneille se dévoile sous le personnage de Dorante, un avocat défroqué, ayant suivi ses études à la Faculté de Droit de Poitiers). Faute d’avoir plaidé, Corneille perdit son titre d’avocat (son matricule d’après le langage de son époque). Après sa mort, son neveu, Fontenelle affirmait : « Il se mit d’abord au barreau ; mais comme il avait trop d’élévation d’esprit pour ce métier là et un génie trop différent des affaires, il n’eut pas plus tôt plaidé une fois qu’il y renonça » (Fontenelle, Nouvelles de la République des lettres, 2ème édition, janvier 1689, p. 89). Ce que ses biographes ignorent c'est que, à défaut d'avoir plaidé comme avocat au Parlement, Pierre Corneille fut magistrat, en qualité d'avocat du Roi aux eaux et forêts, et premier avocat du Roi en l'amirauté. Ayant acquis ces deux offices en 1628-1629, il en assuma les charges avec application jusqu'en 1650, année de la résignation, conjointement à l'écriture de ses tragédies (Le Cid, 1636, etc.) et comédies (Le Menteur, 1642).

     

        Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, fit une partie de ses études à l’Université des Lois d’Orléans de 1640 à 1643 (en free access sur gallica.bnf.fr : E. Paringaud, La langue du droit dans le théâtre de Molière, 1861 ; F. Sanlaville, Molière et le Droit, 1913). Reçu avocat en 1641, il renonça à la promotion sociale que lui offrait ce diplôme (possibilité d’achat d’une charge dans l’administration ou la justice), pour devenir comédien.

     

     

       Charles Perrault, auteur des célèbres « Contes de ma mère l’Oye » (Peau d’Âne ; La Belle au bois dormant ; Le Petit Poucet ; Barbe Bleue ; Le Petit Chaperon rouge ; Cendrillon ; Le Chat Botté...) étudia également le droit à l’Université d’Orléans en 1650. Reçu avocat à Paris, il quitta cette fonction pour d’autres cieux où il voyait « plus de douceur et de plaisir qu'à traîner une robe dans le Palais ».

     

       Nicolas Boileau, après des études de théologie et de droit à la Sorbonne, fut reçu avocat au Parlement, le 4 décembre 1656, à l’âge de 20 ans : « Il suivit le Barreau pendant quelques temps ; mais il préféra les douceurs de la poésie au tumulte des affaires » (Œuvres de Nicolas Boileau-Despréaux, avec des éclaircissements historiques donnés par lui-même. 1729, p. 28, note 115. En free access sur gallica.bnf.fr).

     

     

       Et, en des temps moins lointains, Eugène Labiche délaissa ses études de droit, commencées en 1833, pour nous offrir ses merveilleux vaudevilles juridiques (en free access sur gallica.bnf.fr : L’avocat d’un grec ; L’avocat Loubet ; L’avocat pédicure ; L’article 960 ou la donation ; L’article 330 ; L’ami des lois, etc.).


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    Molière, Scapin et les Gens de Justice

                           Scapin dans Les Fourberies de Scapin de Molière

     

     

    Dans une précédente page, j’ai évoqué les études de droit d’un jeune parisien du Quartier des Halles, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673), à l’École de Droit d’Orléans, vers 1640, époque où l’enseignement du droit civil ou droit romain était interdit à Paris (v. rubrique : La Faculté de Droit de Paris, chapitre XI : Les étudiants de Paris à l'Université des Lois d'Orléans). Reçu avocat, il renonça à porter la robe au Palais de Justice pour se consacrer à la comédie (Charles Boullanger de Challuset, dit le Boulanger de Chalussay : Elomire [anagramme de Molière] Hypocondre ou Les Médecins Venges. 1670, en free access sur Gallica.bnf.fr).

     

     

    C’est sans doute l’une des raisons qui explique la maîtrise de Molière dans l’utilisation du langage de la basoche (hommes de lois : juges, avocats, procureurs, etc.), et la description quelque peu acerbe des gens de justice dans plusieurs de ses pièces (en free access sur Gallica.bnf.fr : E. Paringaud, La langue du droit dans le théâtre de Molière, 1861 ; F. Sanlaville, Molière et le Droit, 1913).

     

    Pour mieux s’en convaincre, il suffit de lire ou relire cette scène V de l’acte II des Fourberies de Scapin :

     

    Argante. – Non j’aime mieux plaider.

     

    Scapin. – Eh ! Monsieur, de quoi parlez-vous là, et à quoi vous résolvez-vous ? Jetez les yeux sur les détours de la justice ; voyez combien d’appels et de degrés de juridiction, combien de procédures embarrassantes, combien d’animaux ravissants par les griffes desquels il vous faudra passer, sergents, procureurs, avocats, greffiers, substituts, rapporteurs, juges et leurs clercs. Il n’y a pas un de tous ces gens-là qui, pour la moindre chose, ne soit capable de donner un soufflet au meilleur droit du monde. Un sergent baillera de faux exploits, sur quoi vous serez condamné sans que vous le sachiez. Votre procureur s’entendra avec votre partie, et vous vendra à beaux deniers comptants. Votre avocat, gagné de même, ne se trouvera point lorsqu’on plaidera votre cause, ou dira des raisons qui ne feront que battre la campagne, et n’iront point au fait. Le greffier délivrera par contumace des sentences et arrêts contre vous. Le clerc du rapporteur soustraira des pièces, ou le rapporteur même ne dira pas ce qu’il a vu. Et quand, par les plus grandes précautions du monde, vous aurez paré tout cela, vous serez ébahi que vos juges auront été sollicités contre vous, ou par des gens dévots, ou par des femmes qu’ils aimeront. Eh ! Monsieur, si vous le pouvez, sauvez-vous de cet enfer-là. C’est être damné dès ce monde que d’avoir à plaider ; et la seule pensée d’un procès serait capable de me faire fuir jusqu’aux Indes.

    ………

    Argante. – Je veux plaider.

    Scapin. – Mais, pour plaider, il vous faudra de l'argent. Il vous en faudra pour l'exploit, il vous en faudra pour le contrôle. Il vous en faudra pour la procuration, pour la présentation, conseils, productions et journées du procureur. Il vous en faudra pour les consultations et plaidoiries des avocats, pour le droit de retirer lé sac et pour les grosses d'écritures. Il vous en faudra pour le rapport des substituts, pour les épices de conclusion, pour l'enregistrement du greffier, façon d'appointement, sentences et arrêts, contrôles, signatures et expéditions de leurs clercs, sans parler de tous les présents qu'il vous faudra faire »). 

     

    Molière, Argante dans les Fourberies de Scapin

     

    Pierre-Jean-Baptiste Chouard dit Desforges dans le rôle d’Argante des Fourberies de Scapin (gravure de Galard, v. 1775).


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    Portrait de Charles Perrault

                                      1 Portrait de Charles Perrault

     

    Bien peu de gens savent que, à l’instar de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673), Charles Perrault (1628-1703) étudia le droit à l’Université des Lois d’Orléans (v. rubrique : Faculté de Droit de Paris ; chapitre XI : Les étudiants de Paris à l'Université des Lois d'Orléans). Il y obtint ses grades de licence et fut reçu avocat à Paris. Après avoir plaidé deux causes avec succès, il renonça à l’avocature pour devenir commis de son frère aîné, Pierre Perrault, qui venait d’acheter une charge de receveur général des finances de Paris. Plus tard, il poursuivra, à la fois, une carrière politique comme contrôleur général de la surintendance du roi, et une carrière littéraire.

     

     

    Charles Perrault : Mémoires de ma vie

                              2 Charles Perrault : Mémoires de ma vie 

     

    Dans ses mémoires, Charles Perrault écrit qu’il avait renoncé au métier d’avocat pour une fonction de commis chez son frère « où je voyais d’ailleurs plus de douceur et de plaisir qu’à traîner une robe dans le Palais » (Charles Perrault : Mémoires de ma vie ; Claude Perrault : Voyage à Bordeaux. 1669. En free access sur gallica.bnf.fr).

     

     

    Les contes de Perrault (édition des enfants de France. 1945)

               3 Les contes de Perrault (édition des enfants de France. 1945)

     

    Mais Charles Perrault est surtout connu pour être l’auteur des merveilleux « Contes de ma mère l’Oye, ou Histoires du temps passé », qu’il publia en 1697 sous le nom de son jeune fils, Perrault d’Arma, alors âgé de dix ans (en free access sur gallica.bnf.fr). Parmi ces contes magiques, inspirés de contes populaires : Peau d’Âne ; La Belle au bois dormant ; Le Petit Poucet ; La Barbe Bleue ; Le Petit Chaperon rouge ; Cendrillon ou La petite pantoufle de verre, et Le Maître Chat ou Le Chat Botté.

     

     

     

    Le Maître Chat ou le Chat Botté

         4 Le Maître Chat ou le Chat Botté

     

    Contrairement à Molière ou à Honoré de Balzac qui, lui aussi, étudia le droit à l’Université (Ecole de Droit du Panthéon), Charles Perrault, après avoir renoncé à une carrière d’avocat prometteuse n’a guère utilisé le langage du droit dans ses écrits. J’ai lu et relu avec bonheur ses divers contes pour y trouver des allusions aux gens de justice et au droit. Sauf erreur de ma part, il n’y en a pas, si ce n’est quelques mots « vachards » au tout début du conte du Chat Botté, à propos des notaires et des procureurs, âpres au gain dans les successions y compris des plus pauvres.

    « Un meunier ne laissa pour tous biens à trois enfants qu’il avait, que son moulin, son âne, et son chat. Les partages furent bientôt faits, ni le notaire, ni le procureur n’y furent point appelés. Ils auraient eu bientôt mangé tout le pauvre patrimoine. L’aîné eut le moulin, le second eut l’âne, et le plus jeune n’eut que le chat… »

     

    De la cupidité des Professeurs de Droit

    5 De la cupidité des Professeurs de Droit ! (enluminure du siècle dernier représentant le Professeur Picsou, en toge, vérifiant dans un livre de droit le bien fondé des réponses d’un de ses étudiants venant de s’acquitter de ses droits d’examens).

     

    Souvenirs de l’étudiant en droit Charles Perrault. Dans ses mémoires, Charles Perrault raconte comment il s’est rendu en juillet 1651 à Orléans pour y passer ses examens de licence en droit avec deux acolytes. Le récit est fort drôle notamment lorsque Charles Perrault et ses deux camarades ayant séché lamentablement sur des questions de droit qui leur étaient posées par leurs Maîtres furent grandement félicités par eux pour leurs remarquables connaissances. Et Charles Perrault d’ajouter de manière caustique : « Je crois que le son de notre argent, que l'on comptoit derrière nous pendant que l'on nous interrogeoit, servit de quelque chose à leur faire trouver nos réponses meilleures qu'elles n'étoient » (à cette époque, les escholiers des universités devaient donner une somme d’argent directement à leurs Maîtres pour passer leurs grades). Voici donc ce texte peu connu que j’ai déjà publié dans une page précédente (v. rubrique : Faculté de Droit de Paris ; chapitre XI : Les étudiants de Paris à l'Université des Lois d'Orléans).

     

    « Reprenons le fil de notre discours. Au mois de juillet  de l'année 1651, j'allai prendre des licences à Orléans avec M. Varet dont j'ai déjà parlé et qui a été depuis grand-vicaire de monseigneur l'archevêque de Sens, et avec M. Menjot, qui vit encore. On n'étoit pas en ce temps-là si difficile qu'on l'est aujourd'hui à donner des licences, ni les autres degrés de droit civil et canonique. Dès le soir même que nous arrivâmes, il nous prit fantaisie de nous faire recevoir, et, ayant heurté à la porte des écoles sur les dix heures du soir, un valet qui vint nous parler à la fenêtre, ayant su ce que nous souhaitions, nous demanda si notre argent étoit prêt. Sur quoi ayant répondu que nous l'avions sur nous, il nous fit entrer et alla réveiller les docteurs, qui vinrent au nombre de trois, nous interroger avec leur bonnet de nuit sous leur bonnet carré. En regardant ces trois docteurs à la foible lueur d'une chandelle, dont la lumière alloit se perdre dans l'épaisse obscurité des voûtes du lieu où nous étions, je m'imaginois voir Minos, Eaque et Rhadamante (il s’agit des trois juges des enfers) qui venoient interroger des ombres. Un de nous, à qui l'on fit une question dont il ne me souvient pas, répondit hardiment : Matrimoràum est légitima maris et fœminse conjunctio individuam vitœ consuetudinem continens et dit sur ce sujet une infinité de belles choses qu'il avoit apprises par cœur. On lui fit ensuite une autre question sur laquelle il ne répondit rien qui vaille. Les deux autres furent ensuite interrogés, et ne firent pas beaucoup mieux que le premier. Cependant ces trois docteurs nous dirent qu'il y avoit plus de deux ans qu'ils n'en avoient interrogé de si habiles et qui en sussent autant que nous. Je crois que le son de notre argent, que l'on comptoit derrière nous pendant que l'on nous interrogeoit, servit de quelque chose à leur faire trouver nos réponses meilleures qu'elles n'étoient. Le lendemain, après avoir vu l'église de Sainte-Croix, la figure de bronze de la Pucelle qui est sur le pont, et un grand  nombre de boiteux et boiteuses parmi la ville, nous reprîmes le chemin de Paris. Le 27 du même mois, nous fûmes reçus tous trois avocats ».

     

     

    Mon client, Messieurs, a tué son père et sa mère ! C’est vrai ! Mais songez qu’il est orphelin

    6 « Mon client, Messieurs, a tué son père et sa mère ! C’est vrai ! Mais songez qu’il est orphelin » (chromo fin du XIXème siècle).

     

     

    Souvenirs de l’avocat Charles Perrault. Dans ses mémoires, Charles Perrault décrit ses premières plaidoiries d’avocat et explique la raison pour laquelle il délaissa le Palais de justice pour d’autres aventures.

    « Le 27 du même mois, nous fûmes reçus tous trois avocats. Je plaidai deux causes avec assez de succès, non point parce que je les gagnai toutes deux, car le gain ou la perte d'une cause viennent rarement de la part de l'avocat, mais parce que ceux qui m'entendirent témoignèrent être fort contens, surtout les juges, car, ayant été les saluer sur la fin de l'audience, ils me firent des caresses extra- ordinaires, et surtout M. Daubray, lieutenant civil, père de la malheureuse Madame de Brinvilliers . Il me pria même de m'attacher au Chatelet et que je recevrois de lui toute faveur qu'un avocat pouvoit en souhaiter. J'eusse peut-être mieux fait de suivre son conseil, mais mes frères me dégoutèrent tellement de la profession d'avocat que je m'en dégoûtai aussi moi-même sensiblement. Il y avoit une raison très forte pour cela: c'est que mon frère aîné, qui étoit très habile avocat, sachant son métier parfaitement et ayant de l'esprit et de l'éloquence autant que par un de ses confrères, ne faisoit presque rien dans sa profession : il valoit beaucoup, mais il ne faisoit pas valoir. Je crus qu'il en seroit de moi la même chose, et pis encore: il y a apparence que je ne me trompai pas.

    Quoi qu'il en soit, mon frère, ayant acheté la charge de receveur général des finances de Paris et m'ayant proposé d'être son commis et d'aller demeurer avec lui, j'acceptai cette proposition, où je voyois d'ailleurs plus de douceur et de plaisir qu'à traîner une robe dans le Palais ».

     

    Rue des Fossés-Saint-Marcel. Photographie Charles Maleville

    7 Rue des Fossés-Saint-Marcel (aujourd’hui rue de l’Estrapade) depuis la rue de la Reine-Blanche (Photographie de Charles Marville, v. 1870). Cette rue, bâtie sur l’emplacement des fossés de l’enceinte de Philippe-Auguste, s’est appelée successivement : rue des Fossés-de-l'Estrapade, rue des Fossés-Saint-Marcel, rue de la Vieille-Estrapade, et, depuis 1881, rue de l’Estrapade car elle mène à la place de l’Estrapade.

     

    Charles Perrault mourut le 16 mars 1703, au cœur du Quartier Latin, dans sa maison de la rue des Fossés Saint-Marcel, aujourd’hui rue de l’Estrapade, dans le Vème arrondissement, sur la montagne Sainte-Geneviève.

     

     

    Charles Perrault : un avocat défroqué, conteur d’enfance

                                         8 La moralité de l’histoire

     

    Comment conclure cette page consacrée à Charles Perrault autrement qu’en reproduisant la moralité du Chat Botté telle qu’elle figure dans les premières éditions des « Contes de ma mère l’Oye, ou Histoires du temps passé » (Charles Perrault avait fait suivre chacun de ses contes d’une ou plusieurs moralités. Elles figurent toutes dans l’édition de l’ouvrage en free access de la Bibliothèque électronique du Québec : http://beq.ebooksgratuits.com/).

     

    Quelque grand soit l’avantage  

    De jouir d’un riche héritage  

    Venant à nous de père en fils,  

    Aux jeunes gens pour l’ordinaire,  

    L’industrie et le savoir-faire

    Valent mieux que des biens acquis.

     

     

     


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    " C'est l'œuvre saillante du XVè siècle,
    la forte et vive formule qui le révèle tout entier.
    Fait pour un âge de fripons, Pathelin en est le Roland, la Marseillaise du vol." (Michelet)

            

        

     

     

           La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF                        

    1 Le théâtre comique au Moyen Âge : la Farce de Maître Pathelin (source. Gallica. Bibliothèque nationale de France).

     

     

    Au Moyen Âge, la farce était une petite pièce comique, représentant comme les fabliaux de menues scènes de la vie conjugale bourgeoise ou populaire. Il nous reste environ 150 farces, composées entre 1440 et 1560.

     

     

     

      

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF

                           2 Guillemette et son époux Maître Pierre Pathelin

     

    Le chef d’œuvre du genre est La Farce de Maître Pierre Pathelin, une pièce de théâtre, jouée vers 1460.

     

     

    L’auteur nous est inconnu. Certains ont reconnu dans cette pièce le style de François Villon (né en 1431, mort après 1463), de Pierre Blanchet (1459-1519) ou d’Antoine de Salle (né vers 1386, mort vers 1462), des auteurs de farces satiriques.  D’autres en attribuent la paternité à des clercs de la Basoche qui jouaient des farces en public trois fois par an (le mot clerc pouvait aussi bien désigner des escholiers (étudiants) de l’université que des gens de justice du Palais : juges, avocats, procureurs…).

     

    Dans la mesure où la Farce de Maître Pathelin décrit de manière satirique le monde la justice en empruntant avec justesse le langage des gens de loi, des étudiants en droit et des clercs du Palais pourraient en être les auteurs.

     

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF 

                                    3

     

       Maître Pathelin est un avocat sans clients. Au tout début de la pièce, lui et son épouse, Guillemette, se plaignent de l’état de misère où ils se trouvent faute de rentrées d’argent.

     

     

    Scène première

    Maître Pierre commence


    Sainte Marie, Guillemette,
    pour quelque peine que je mette
    à cabasser n'a ramasser,
    nous ne pouvons rien amasser.
    Or vis-je que j'avocassais.

     

    Guillemette

    Par Notre Dame, j'y pensais,
    dont on chante, en avocassage.
    mais on ne vous tient pas si sage
    des quatre parts comme on soulait.
    Je vis que chacun vous voulait
    avoir pour sa gagner sa querelle.
    Maintenant chacun vous appelle
    partout "avocat dessous l'orme".

                                                                           [….]

    Guillemette

    Que nous vaut ceci ? Pas empagne.
    Nous mourons de fine famine,
    nos robes sont plus qu'étamine
    reses, et ne pouvons savoir
    comment nous en pussions avoir.
    Et, que nous vaut votre science ?

       

     

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF

                               4

     

     

    Maître Pathelin, qui est un peu malhonnête, pour refaire sa garde-robe sans débourser d’argent, décide d’escamoter les draps du drapier Guillaume Joceaulme  qui, lui aussi, est un peu filou.

     

     

      

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF 

                               5

     

     

    Le drapier vient chez Pathelin afin de se faire payer. Pathelin, pour l’apitoyer, lui joue la comédie d’être mourant, devant sa femme Guillemette en larmes. Le drapier repart en courant sans rien demander.

     

      

     

        

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF

                                                                             6

     

     

    Puis, le berger Thibault l’Agnelet, un voleur de brebis, vient demander à Pathelin de le défendre dans un procès contre son maître dont il a égorgé les moutons.

     

     

    Maître Pathelin propose une ruse à Thibaut : qu’il se fasse passer devant le tribunal pour un simple d’esprit et réponde aux questions posées en bêlant (il dira toujours bée !).

     

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF 

                              7

     

     

    Le procès s’engage et il s’avère que le plaignant est le drapier Guillaume Joceaulme en personne !

     

    Maître Pathelin parvient à convaincre le juge de l’innocence de Thibaut et de la folie du drapier.

     

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF

                               8. Tel est pris qui croyait prendre !

     

     

      Une fois le procès gagné, Maître Pathelin ne parvient pas à se faire payer de son client : Thibaul lui répond bée à toutes demandes d'argent !

     

     

    Scène X (fin de la Farce)

     

    Pathelin

    Dis, Agnelet.

    Le Berger

    Bée.

    [….]

    Pathelin

    Il est temps que je m'en aille.
    Paie-moi.

    Le Berger

    Bée.

    [….]

    Pathelin

    Quel bée ? ne le faut plus dire.
    Paie-moi bien et doucement.

    Le Berger

    Bée.

    Pathelin

    Quel bée ? Parle sagement
    et me paie, si je m'en irai.

    Le Berger

    Bée.

    Pathelin

    Sais-tu quoi ? je te dirai.
    Je te prie sans plus m'abayer
    que tu penses de moi payer.
    Je ne veux plus de ta béerie.
    Paie tôt.

    Le Berger

     

    Bée.

     

     

     

    9 La Farce de Maître Pathelin, texte complet PDF

     

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin (vers 1460), gravures et texte PDF

                              10 La Farce de Maître Pathelin (Gravure vers 1880)

     


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    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

     

    1 Maître Pathelin par des paroles flatteuses, près d’un drapier essaye d’avoir crédit.

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

    2 Maître Pathelin ayant gagné la confiance du marchand emporte la marchandise.

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

    3    Le drapier Guillaume Joceaulme se rend au domicile de Maître Pathelin qui a pris des draps dans sa boutique sans en régler le prix. Pour ne pas le payer, Pathelin lui joue la comédie d’être mourant dans son lit, devant sa femme en larmes. Apitoyé, le drapier repart en courant sans rien demander. 

     

     

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

    4 La farce ou sottie au Moyen Âge. La Farce de Pathelin ou le trompeur trompé, est restée le type de ce genre de pièces.

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

    5 Aux juges se plaignant un jour que son berger lui volait ses laines, rencontra l’avocat, et, mêlant dans sa plainte draps et laines, perdit son procès.

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

    6 Le berger profitant du conseil que lui avait donné Maître Pathelin de répondre bée aux questions du juge, répond de même quand l’avocat lui demande ses honoraires.

     

     

     

    La Farce de Maître Pathelin en chromos anciennes

    7 La série complète des six cartes chromos de la Farce de Maître Pathelin (Liebig)


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