• La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

              

    Dans le milieu du dix-neuvième siècle, l’étudiante désignait une jeune femme qui suivait ou accompagnait nos jeunes Messieurs qui étudiaient à l’université.

     

     

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg  

     

     

      Le Littré désignait par étudiante une grisette du Quartier Latin. Ce même Littré définissait la grisette de la manière suivante : « Jeune fille de petite condition, coquette et galante, ainsi nommée parce qu'autrefois les filles de petite condition portaient de la grisette » (casaque grise que portaient les femmes du peuple).

     

    De son côté, Le Dictionnaire Universel Larousse de 1870 reproduisait une citation teintée d’ironie : «  Le Quartier Latin est peuplé d’une foule de grisettes d’un genre particulier et qu’on nomme les Étudiantes, bien qu’aucun observateur n’ait encore pu déterminer le genre de science qu’elles cultivent ». (T. Gaut).

     

    La grisette désignait donc la bonne amie de notre étudiant de la Sorbonne, en droit ou en d’autres sciences, se plaisant aux choses légères et sans importance. L'étudiant fréquentait les cours à l'université; l'étudiante fréquentait l'étudiant !

     

     

     

     

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg  

                         

     

     

    "Le jardin du Luxembourg et la grisette de l’étudiant en droit "(A. Félix Joncière. v. 1830).

     

    Voici, sous diverses images anciennes, l’extrait d’un article d’Auguste Félix Joncière, un avocat et journaliste du XXe siècle,  paru dans les années 1830 (in Paris ou le Livre des cent et un [1831-1834], p. 207 et s.).

     

     

    Cet avocat décrit le Luxembourg, jardin des premiers amours des étudiants de la Basoche, autrement dit de nos étudiants de la Faculté de droit de la place du Panthéon, qu’il connaissait bien pour y avoir lui-même fait son droit !

     

    Le Luxembourg

     

    [… ] Engagez-vous, sous ma conduite dans ce labyrinthe verdoyant où le fil d’Ariane n’est pas tant à dédaigner que vous pourriez le croire.

     

    Depuis nombre d’années le Jardin du Luxembourg appartient à l’étudiant : il est inféodé à ses étourderies et à ses amours ; c’est le Cours du basochien ; le seul fief qu’il ait pu sauver du naufrage où se sont engloutis tous ses privilèges. Mal serait venu celui qui voudrait lui contester ce dernier débris ; il a été érigé en majorat en sa faveur, bien que le Bulletin des Lois n’en dise mot.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

                    

    L’étudiant, suzerain absolu, se montre peu insolent dans son jardin.

     

    Le temps des hommes d’armes rossés, des mules arrêtées par son bon vouloir, des estocs tombant sur l’échine des sergents, des femmes enlevées, des capes trouées autant par l’épée ou le poignard que par la misère, a disparu.

     

    L’étudiant ne bat personne, pas même les paisibles gardiens ; il ne hurle, ni sus sus, ni hourra sur les passants : le jonc inoffensif a remplacé dans ses mains le gros bâton ferré ; il porte des gants et pas de trous à ses habits : effet de la civilisation.

     

    Néanmoins, il se promène dans son empire en homme sûr de son autorité, et certain que nul n’a l’envie ni le pouvoir de le tourmenter dans l’exercice de ses prérogatives. De tous les droits dont il jouissait, il en a conservé un seul : je veux parler du droit du seigneur ; encore est-il restreint et ne s’étend-il qu’à certain visage : la grisette est la vassale du lieu ; mais non plus vassale, telle qu’au Moyen Âge, assujetties aux baisers et aux caprices d’un haut, d’un puissant et la plupart du temps d’un très laid-baron.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

     

     

    La grisette est une vassale de bonne volonté, n’obéissant qu’au maître qui a su captiver son cœur. Rebelle à toutes les figures qui lui déplaisent, d’un abord aisé à celles qui lui conviennent, elle sait se faire respecter, et elle jouit d’une certaine puissance dans le jardin. Il faudrait une plume exercée pour peindre les attaques de sa coquetterie, son babil continu, ses colères, ses jalousies et ses faciles amours.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

     

     

    Quoique la grisette ne soit pas ennemie de la gaieté, la mélancolie ne laisse pas que d’avoir une grande influence sur son cœur ; elle s’attendrit à la vue d’un visage pâle attristé ; elle résiste difficilement à deux yeux languissants ; enfin elle s’abandonne tout-à-fait à deux mains croisées derrière le dos et à un pas lent et rêveur.

     

     

    Aussi les Werther abondent-ils au Luxembourg, soupirant ou se parlant à eux-mêmes, chercher dans une solitaire promenade un allègement à leurs souffrances.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

                

     

    C’est ordinairement la grisette qui met un terme à ces douleurs : on se rencontre par hasard ; par hasard on prend place sur le même banc ; le hasard fait qu’une conversation s’engage ; l’intimité s’établit bientôt ; viennent les confidences, les épanchements. On se quitte pour se revoir le lendemain.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

                   

    On se revoit en effet : même abandon que la veille dans la causerie ; on se plaint de ne pouvoir trouver une âme qui comprenne son âme ; on s’apitoie  mutuellement sur sa bizarre destinée.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

     

     

    Puis arrivent les demi-mots, les demi-aveux ; les demi-consolations, enfin les amours, les plaisirs, les distractions, les froideurs, les reproches et les séparations. Il n’y a qu’au Luxembourg que les passions passent par toutes ces phases en aussi peu de temps.

     

     

     

     

    La grisette de l’étudiant en droit du Jardin du Luxembourg

                  

    Charmant théâtre d’amours hebdomadaires, champs-élysées terrestres où l’on aime vite, et qui ont aussi leur Léthé, enfin qu’on oublie encore plus vite que l’on a aimé […]


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