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    Le Notaire, dessin de Paul Gravani (1804-1866)

    1 Le Notaire, dessin de Paul Gravani (1804-1866), illustrant la nouvelle d’Honoré de Balzac : Le notaire (1840-1842). 

     

     

     

     

    Le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France offre en ligne les neuf volumes réunissant plusieurs dizaines de « nouvelles » d’auteurs, parues dans les années 1840, sous l’intitulé « Les Français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du dix-neuvième siècle » (Paris, L. Curmer, éditeur).

     

    Un chef d’œuvre d’esprit satirique avec des textes, d’une dizaine de pages chacun, de petits et grands auteurs de l’époque décrivant, par exemple, l’étudiant de Paris, l’étudiant en vacances, la grisette du Quartier Latin (petite amie de l’étudiant), l’avocat, l’accusé, l’avoué, le notaire, le commissaire de police, la cour d’assises, le défenseur officieux en justice de paix, l’huissier de campagne...

     

    Pour aujourd’hui, je vous invite à lire le texte d’Honoré de Balzac, intitulé Le Notaire (in « Les Français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du dix-neuvième siècle », 1840-1842, tome second, page 103. Paris, L. Curmer, éditeur).

     

    L’auteur y décrit, avec beaucoup d’ironie et de gaieté, le notaire, ses petits clercs, dits saute-ruisseau, auxquels j’ai déjà consacré la première série de cette rubrique des Gens de Justice, ses Grands clercs qu’il nomme demi-notaires, et la « notairesse » (curieusement orthographiée notaresse), l’épouse du notaire.

     

    Cette « étude » (promis, juré, je ne recommencerai plus !) est d’autant plus heureuse qu’Honoré de Balzac fut, dans sa jeunesse, jusqu’en l’année 1820, clerc de notaire à l’étude de notaire de Maître Passez, auquel son père, Bernard-François de Balzac, qui fut lui-même petit clerc de notaire dans sa jeunesse à Tours, souhaitait qu’il succède (voir le précédent article de cette saga des Notaires).

     

     

                                     2. Le Notaire, par Honoré de Balzac. 1840 (fichier PDF)


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    Honoré de Balzac (1799-1850), à l’âge de cinq ans

                                  1 Honoré de Balzac (1799-1850), à l’âge de cinq ans.

     

     

     

    En introduction à la série consacrée aux notaires, tournons-nous vers Honoré de Balzac qui fut étudiant en droit et clerc de notaire de 1816 à 1820.

     

    Son père, Bernard-François de Balzac, petit clerc de notaire dans sa jeunesse à Tours, était, à l’âge de vingt ans, monté à Paris. Il y fut nommé, en 1814, sous la Restauration, directeur des vivres aux armées. Cette même année, son épouse et ses quatre enfants, dont l’aîné Honoré âgé d’une quinzaine d’années, le rejoignirent dans la capitale.

     

    Honoré de Balzac, après un court séjour à la pension Lepître, puis chez Ganser, suivit les cours de la classe de rhéthorique au Lycée Charlemagne.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Honoré de Balzac, dans sa vingtième année (attribué à Achille Devéria).

         2 Honoré de Balzac, dans sa vingtième année (attribué à Achille Devéria).

     

     

    Son père souhaitant qu’il devienne notaire, Honoré de Balzac s’inscrivit, en novembre 1816, à la Faculté de Droit de Paris, place du Panthéon.

     

     

     

     

     

     

     

    Les clercs de l’étude de maître Derville, avoué près le tribunal de Seine, dans le roman d’Honoré de Balzac « Le Colonel Chabert » (dessin d’Alcide Théophile Robaudi)

    3 Les clercs de l’étude de maître Derville, avoué près le tribunal de Seine, dans le roman d’Honoré de Balzac « Le Colonel Chabert » (dessin d’Alcide Théophile Robaudi).

     

     

     

    Parallèlement à ses études de droit, Honoré de Balzac travailla d’abord comme clerc d’avoué chez Maître Guillonnet-Merville (il utilisa cette expérience en créant le personnage de Derville dans son roman « Le Colonel Chabert » de la Comédie humaine).

     

     

     

     

     

     

     

    Le clerc de notaire par Barthélémy Gautier

    4 – Quelle odeur !!!... c’est vous môsieur Amboise qui avez pipé ?... A ça mais vous avez donc juré de déshonorer le Notariat avec le tabac et votre moustaches ?... (Le clerc de notaire par Barthélémy Gautier).

     

     

     

    Ensuite, Honoré de Balzac travailla comme clerc de notaire à l’étude de Maître Passez, un ami de son père (il utilisa cette autre expérience de « croque-note » pour rédiger, en 1840, un texte sarcastique : Le Notaire, que je présenterai dans la prochaine page).

     

    Le 4 janvier 1819, Honoré de Balzac obtint son diplôme de bachelier en droit. Mais, cette même année, atteint du virus de l’écriture et des lettres, il négligea ses études de droit qui lui aurait pourtant permis d’être licencié en droit et de succéder à son patron, Maître Passez.

     

    Son père s’inclina à regret et lui loua une mansarde, 9 rue Lesdiguires, où il put écrire une première pièce de théâtre, intitulée Cromwell (1820), puis, sous le nom de Lord R’Hoone, ses premiers romans : L'Héritière de BiragueJean-LouisClotilde de Lusignan ou le beau Juif (1822).

     

    Adieu les codes de lois et les actes notariaux ! Vis donc la Comédie humaine !

     

     

     

     

     

    La Faculté de Droit de Paris, place du Panthéon (L’Illustration, 1847)

                 5 La Faculté de Droit de Paris, place du Panthéon (L’Illustration, 1847)

     

     

    Quelques années plus tard, Honoré de Balzac expliqua qu’il avait rapidement laissé tomber ses études de droit, en des termes biens plus sévères que nos lois : « Je ne me suis point sali les pieds dans ce bouge à commentaires, dans ce grenier à bavardages, appelé Ecole de Droit » (La Comédie Humaine, Etudes de mœurs : scènes de la vie privée, in Le Contrat de mariage (Paris, Gallimard, 1976, tome III, p. 536).

     

    Il récidiva sa critique à l’égard de l’École de Droit (rebaptisée Faculté de Droit, le 1er janvier 1809), dans « Un début dans la vie » (Etudes de mœurs, 1er livre. Scène de la vie privée, t. 4), faisant dire au personnage de Mistigris : « L’ennui naquit un jour de l’Université » (sur l’origine de cette boutade en forme de maxime, voir mon précédent article du 1er juin 2019, dans la rubrique « Maximes, dictons et mots bizarres »).


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    1 Le notaire en illustrations d’autrefois et textes originaux

                               1. Un notaire du temps passé en  surcharge pondérale

     

     

    Cher visiteur épisodique ou accidentel du blog Nos Facultés de Droit en Images et Cartes Postales Anciennes qui m’occupe les jours de pluie sur la Côte d’Opale, je vous invite à découvrir, tout au long de l’été, une première série de la rubrique des Gens de Justice de 37 envois (je crois qu’il faut dire post en langue informatique), consacrée au Notaire, à ses Clercs et à son épouse, Madame la Notairesse, illustrée de nombreux dessins, peintures et photographies anciennes (près de 200), et parfois agrémentée de textes originaux.

     

     

     

     

     

     

     

    Le notaire en illustrations d’autrefois et textes originaux

                         2. Saint Yves, patron des Notaires, des Avocats et des Avoués

     

     

     

    Cette série notariale sera suivie d’autres séries, en préparation ou en projet, consacrées notamment aux Huissiers de Justice (avec l’incontournable Cadet Roussel !) ; aux Avoués, aux Magistrats (Juges et Procureurs), et, bien entendu, aux Avocats, la cible privilégiée des caricaturistes de la Belle Epoque.

     

     

     

     

     

     

     

    1 Le notaire en illustrations d’autrefois et textes originaux

                                 2.  « Je ne suis pas notaire, c’est la faute à Voltaire »

                           (La Chanson de Gavroche. Les Misérables de Victor Hugo)

     

     

     

             Je n’ai jamais été notaire ou clerc de notaire quand bien même j’ai pu contribuer à leur formation comme professeur de droit notarial au Département Carrières Juridiques et Judiciaires de l’IUT de Villetaneuse de l’Université Paris XIII, dans les années 1980, et directeur du DESS de Droit notarial à l’Université Paris X-Nanterre, dans les années 1990.  

     

     

    Aussi ai-je pu « faire des pas de clercs » dans les commentaires de quelques unes de ces belles images. N’hésitez pas à m’en informer par mail pour que je puisse les corriger.

     

     

     

    Par ordre d’entrée en scène :

     

    1 Le notaire en illustrations d’autrefois et textes originaux (préambule)

     

    2 Honoré de Balzac, clerc de notaire en 1818 et 1819

    3 Le notaire par Honoré de Balzac (1840)

    4 Le notaire dans le Code des gens honnêtes de Balzac (1825)

    5 Le notaire dans la Comédie humaine d'Honoré de Balzac

    6 Le notaire en peintures anciennes

    7 Le notaire en dessins des années 1588 et 1674

    8 Le notaire en gravures anciennes

    9 Le clerc de notaire en gravures et dessins anciens

    10 Le notaire Robert Macaire, lithographie d'Honoré Daumier (1838)

    11 L'étude de notaire en photographies anciennes

    12 Le notaire en cartes postales anciennes

    13 Le notaire arabe (Tunisie. années 1900)

    14 Le notaire en costume archaïque

    15 Le notaire en chromos (fin XIXème siècle)

    16 Le clerc de notaire en chromos du XIXème siècle

    17 Le notaire en images enfantines anciennes

    18 Le notaire dans Les Cinq Sous de Lavarède, de Paul d'Ivoi (1894)

    19 Le notaire en images d'Epinal

    20 Le notaire en gauloiseries d'hier

    21 Madame la Notairesse en images anciennes

    22 Le notaire (de notarius, celui qui note rapidement)

    23 Le notaire en panonceaux au fil des ans

    24 Le notaire en images d'antan en vrac

    25 Le notaire en paroles et musique d'autrefois

    26 Des Notaires pas très Clercs en anciennes images

    27 Albert Robida, le petit clerc de notaire devenu grand caricaturiste (1848-1926)

    28  Le procès de Maître Badinard, notaire (A. Robida. La grande mascarade parisienne. 1881-1884)

    29 Le notaire dans le théâtre de Molière, un ancien étudiant en droit

    30 Le notaire dans l’Ecole des femmes de Molière

    31 Le notaire dans les Femmes savantes de Molière

    32 Le notaire dans le Malade imaginaire de Molière

    33 Le nez d'un notaire d'Edmond About (1871)

    34 Le voyage de Maître Tugdual, notaire (Fr. Jaffrenou. 1926)

    35 Un clerc de notaire qui s’amuse (Jean-Baptiste Caouette. Le vieux muet. Montréal, 1901)

    36 « Je ne suis pas notaire, c'est la faute à Voltaire » (Victor Hugo)

    37 L’& cætera des notaires … et des profs de droit !


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    Michel Serres (1er septembre 1930-1er juin 2019).

    1. Michel Serres (1er septembre 1930-1er juin 2019). Image extraite d’un entretien diffusé le 28 novembre 1980 (source : France 3 régions. Collection Tribune Libre. INA. Référence 04626).

     

    Ce matin, en écoutant la radio, j’ai appris la disparition survenue, à l’âge de 88 ans, de Michel Serres, qui fut professeur d’histoire des sciences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et membre de l’Académie française.

     

     

     

     

     

    . Internet, la nouvelle Bibliothèque Universelle (B.U.) des étudiants, des professeurs et des chercheurs

          2. Internet, la nouvelle Bibliothèque Universelle (B.U.) des     étudiants, des professeurs et des chercheurs.

     

     

    « Plus tard, j’eus à mesurer les distances du savoir. Mieux valait habiter Paris ou une grande ville pour accéder aux bibliothèques, aux universités, aux centres documentés. Un renseignement, une citation pouvaient coûter des journées de voyages et des heures de recherche. Clic, aujourd’hui, un centième de seconde pour le même résultat » (Michel Serres, C’était mieux avant !, éd. Le Pommier, 2017, p. 61).

     

     

    En hommage à ce collègue touche-à-tout, amoureux de Wikipedia et des bibliothèques numériques, voici un entretien imaginaire, imité de sa chronique Le Sens de l’Info sur France Info avec Michel Polacco, qui nous étonnait, amusait ou agaçait, chaque dimanche, de 2004 à 2018.

     

    Le thème en est : Pourquoi les étudiantes en droit sont elles toujours au premier rang des amphis ?

     

     

     

     

    L’énigme de l’étudiant-fille au chapeau

         3 L’énigme de l’étudiant-fille au chapeau (Sources Wikipedia : Chapeau).

     

     

    Renault Delco. J.B. bonjour.

     

    J. B. Bonjour, Renault.

     

    Renault Delco. J. B., le mois dernier nous parlions des jeunes grisettes du Quartier Latin, accompagnant jusqu’à la porte de l’École de Droit de Paris nos jeunes Messieurs qui étudiaient pour devenir hommes de lois. Vous nous disiez alors que, dans un argot d’antan, le Littré dénommait ces jeunes filles des étudiantes, alors même qu’elles ne pouvaient étudier dans nos facultés pour devenir femmes de lois. Aujourd’hui, je vous propose de revenir sur cet aspect de l’université de jadis : l’interdiction faite aux demoiselles et aux dames de suivre des cours sur les bancs des amphithéâtres de la Sorbonne.

     

     

    J. B. Renault, je vous remercie d’aborder cette question qui me préoccupe beaucoup. Quelle place doivent tenir les demoiselles, jeunes ou vieilles filles, et les dames, mariées ou veuves, dans les amphithéâtres des facultés de droit de Paris ou de Province ? Doivent-elles être aux premiers rangs, au milieu ou aux derniers rangs ? Depuis que je fréquente les amphis des facultés de droit, j’observe que nos étudiants-filles sont toujours aux premiers rangs des amphis, et les étudiants-garçons aux derniers rangs. Je me suis donc demandé la raison de cette position. Et bien, voyez-vous Renault, je connais aujourd’hui la réponse. Si les étudiants-filles sont toujours aux premiers rangs c’est uniquement pour embêter les étudiants-garçons.

     

     

    Renault Delco. Pour embêter les garçons ? Vous m’étonnez J. B. Je croyais que c’étaient les garçons qui embêtaient toujours les filles ? 

     

    J. B. Pas toujours, mon Cher Renault, pas toujours ! L’émancipation des femmes a opéré une véritable révolution copernicienne : l’égalité entre les caractères masculins et féminins. Souvenez-vous de ce qu’écrivait La Barre de Chocolat Poullain : « L’esprit n’a point de sexe ». Aussi, dès que les premières étudiantes ont été accueillies dans nos universités, que ce soit à Lyon en 1863 ou à Paris en 1884, elles ont obtenu ou, plus précisément, pris le droit d’embêter à leur tour les garçons en s’asseyant aux premiers rangs des amphithéâtres.

     

     

     

     

     

    Poullain de la Barre : « De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral. Où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés », 1673

    4 Poullain de la Barre : « De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral. Où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés », 1673.

     

    Renault Delco. Mais, en quoi les étudiants-filles embêtent-elles les étudiants-garçons en s’asseyant toujours aux premiers rangs des amphis ?

     

    J. B. Avec un accessoire de mode qui leur permet d’augmenter leur taille et d’empêcher nos jeunes Messieurs de voir les jambes de leurs professeures de droit : le chapeau à plumes ou à fleurs, mon cher Renault, le chapeau à plumes ou à fleurs ! En voici la preuve photographique argentique formelle par quatre.

     

     

     

     

    Classe à l'université vers 1350

    5. Document n° 1. Étudiants-garçons avec coiffe-basse en l’absence d’étudiants-filles (Classe à l'université vers 1350. Le Professeur exécutant la lectio [lecture] sur sa chaire universitaire. Sources. The Yorck Project : 10.000 Meisterwerke der Malerei. Laurentius de Voltolina. Berlin. Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz). 

     

    Primo, lorsque nos jeunes Messieurs sont seuls autorisés à suivre les cours en amphithéâtre, ils se répartissent dans tous les rangs, du premier au dernier. Ils se gardent bien de porter des hauts-de-forme afin de ne pas empêcher ceux qui sont derrière de voir le professeur sur sa chaire (document n° 1).

     

     

     

     

    Étudiants-filles en amphithéâtre sans coiffe en l’absence d’étudiants-garçons

    6. Document n° 2. Étudiants-filles en amphithéâtre sans coiffe en l’absence d’étudiants-garçons.

     

    Secundo, lorsque nos jeunes filles sont seules autorisées à suivre les cours en amphithéâtre, elles se répartissent dans tous les rangs, du premier au dernier. Aucune d’elles ne portent de coiffe ou de chapeau afin de ne pas empêcher celles qui sont derrière de bien voir le professeur (document n° 2).

     

     

     

     

               Paris. La Sorbonne. Cours de Monsieur le Professeur Michaud 

    7. Document n° 3. Étudiants-filles en amphithéâtre avec coiffe en présence d’étudiants-garçons et de professeurs-hommes (Paris. La Sorbonne. Cours de Monsieur le Professeur Michaud).

     

    Tertio, lorsque nos jeunes filles en chapeau suivent des cours en commun avec nos jeunes Messieurs, elles n’occupent jamais le premier rang si le professeur est un homme (document n° 3).

     

     

     

     

    (Paris. La Sorbonne. Cours années 1900).

    8. Document n° 4. Étudiants-filles en amphithéâtre avec coiffe en présence d’étudiants-garçons et de professeurs-femmes (Paris. La Sorbonne. Cours de Madame le Professeur X).

     

    Quarto, lorsque nos jeunes filles en chapeau suivent des cours en commun avec nos jeunes Messieurs, elles se placent toujours aux premiers rangs si le professeur est une femme (document n° 4).

     

    Renault Delco. Chapeau ! Votre découverte est fondamentale. Votre argumentation, en haut-de-forme de syllogisme, est tout à fait convaincante. On voit bien que vous êtes passé par la faculté de Vincennes comme cela est mentionné dans votre biographie sur Wikipédia.

     

     

    J. B. Vous êtes sûr ? Je croyais l’avoir effacé !

     

    Renault Delco. Oui, oui, j’en suis sûr et certain, puisque je l’ai consultée hier soir pour préparer notre entretien scientifique. Mais, revenons-en, J. B., à ma première question. Pourriez-vous nous en dire davantage sur l’accueil des premières étudiantes en droit dans les amphithéâtres des universités françaises.

     

    J. B. Très volontiers, mon cher Delco, je vais vous raconter cette histoire dont les sujettes me semblent assez plaisantes pour amuser quelques minutes la masse croissante et fine de mes visiteuses. Mais, comme il se fait tard, je vous propose de nous retrouver dans une prochaine chronique. Au revoir. 


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    L’ennui naquit un jour de l’Université. Honoré de Balzac

     

      

           Un jour que je chinais du côté de cartes postales anciennes, j’ai repéré cette image publicitaire des années 1900 représentant un professeur et deux écoliers ou étudiants. La légende m’a étonné : « L’ennui naquit un jour de l’Université ». N’ayant jamais entendu cette boutade, je me suis demandé d’où elle pouvait bien sortir !

         Voici les résultats de mon enquête.

     

     

     

    L’ennui naquit un jour de l’Université. Honoré de Balzac 

    2. Un début dans la vie d'Honoré de Balzac. Philadelphie. Georges Barrie & Son, 1897. Auteur: Oreste Cortazzo (1830 ou 1836-1910). 

     

    Source :  http://commons.wikimedia.org/wiki/File:BalzacStartinLife.jpg 

     

     

    L’ennui naquit un jour de l’Université. Cette citation se trouve dans un feuilleton d’Honoré de Balzac, paru en 1842, dans la revue La Législature, sous l’intitulé Le danger des mystifications. Ce feuilleton prendra plus tard la forme d’un roman : « Un début dans la vie » (Études de mœurs. 1er livre. Scènes de la vie privée. T. 4. 1844). 

    Dans une scène de ce roman, Honoré de Balzac fait dire à Léon de Lora, dit Mistigris, l’assistant bavard du peintre sans succès Joseph Brideau, au jeune Oscar qui se destine à l’apprentissage du métier de notaire à Paris : « L’ennui naquit un jour de l’Université »

     

    − Votre précepteur est sans doute quelque professeur célèbre, M. Andrieux de l'Académie française, ou M. Royer−Collard, demanda Schinner.

    − Mon précepteur se nomme l'abbé Loraux, aujourd'hui vicaire de Saint−Sulpice, reprit Oscar en se souvenant du nom du confesseur du collège.

    − Vous avez bien fait de vous faire élever particulièrement, dit Mistigris, car l'Ennui naquit un jour de l'Université ; mais vous le récompenserez, votre abbé ? 

    − Certes, il sera quelque jour évêque, dit Oscar. 

    − Par le crédit de votre famille, dit sérieusement Georges. 

    − Peut−être contribuerons-nous à le faire mettre à sa place, car l'abbé Frayssinous vient souvent à la maison. 

     Ah ! vous connaissez l'abbé Frayssinous ? demanda le comte. 

    − Il a des obligations à mon père, répondit Oscar. 

    − Et vous allez sans doute à votre terre ? fit Georges. 

    − Non, monsieur ; mais moi je puis dire où je vais, je vais au château de Presles, chez le comte de Sérisy. 

    − Ah ! Diantre, vous allez à Presles, s'écria Schinner en devenant rouge comme une cerise. 

    − Vous connaissez Sa Seigneurie le comte de Sérisy ? demanda Georges.

    Le père Léger se tourna pour voir Oscar, et le regarda d'un air stupéfait en s'écriant :

    − Monsieur de Sérisy serait à Presles ?

    − Apparemment, puisque j'y vais, répondit Oscar. 

     

     

     

        L’ennui naquit un jour de l’Uniformité. Sans doute, Honoré de Balzac a-t-il détourné un vers ancien de la fable « Les Amis trop d’accord », d'Antoine de La Motte-Houdar (1672-1731).

     

     

    C'est un grand agrément que la diversité.
    Nous sommes bien comme nous sommes.
    Donnez le même esprit aux hommes,
    Vous ôtez tout le sel de la société ;
    L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
     

     

     

     

     

     

    L’ennui naquit un jour de l’Université. Honoré de Balzac

     

    3. Charlot (Charlie Chaplin) : Ce que l'Université fait du Belletrien (en Suisse, ce terme désignait une corporation d'étudiants de Belles-Lettres)

     

     

     

      Ennui, Université, Uniformité. Voici donc l’origine du trinôme académique ou diabolique de quelques universités, et non pas toutes !

     

     

         N’oublions quand même pas que nos Facultés de droit ont accueilli et formé comme étudiants : Nicolas Boileau, Corneille, Molière, Voltaire, Balzac, Gustave Flaubert, Brillat-Savarin, le poète de la gourmandise, Tristan Bernard, le père de l’expression Les Pieds nickelés, Jean Nohain et Sylvie Joly, pour la plupart avocats « défroqués ».

     

     

     

     


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