• X. La Faculté de Décret de la Sorbonne

     

     

    Un maître de l’université de Paris en chaire, au Moyen Âge

    68. Un maître de l’université de Paris en chaire, au Moyen Âge (d’après un bas-relief de l’université de Paris. XVème siècle).

     

     

    Rappelons que la constitution officielle de l’université de Paris, communément appelée université de la Sorbonne, est issue de trois actes successifs : un diplôme de Philippe Auguste en 1200 ; une confirmation par le légat du pape Innocent III en 1215 ; une bulle du pape Grégoire IX en 1231 (v. chapitre VIII : La promulgation des statuts de l’université de Paris en 1215).

    Les dizaines d’écoles composant cette université s’associèrent alors en Facultés (de l’expression latine facultas docendi, « droit d’enseigner »), chacune d’entre elles étant dirigée par un doyen. 

    Ces Facultés étaient au nombre de quatre : Arts ; Médecine ; Théologie, la reine des sciences; et Décret.

    La Faculté des Arts avait un caractère préparatoire. On y enseignait les Arts libéraux : ceux du trivium : grammaire, rhétorique, dialectique ; et ceux du quadrivium : arithmétique, musique, géométrie, astronomie.

    Les trois autres Facultés, dont celle de Décret, avaient un caractère supérieur, l’obtention de la maîtrise de la Faculté des Arts y donnant accès.

     

     

    Corpus juris canonici

                                                           69. Corpus juris canonici

     

    La Faculté de Décret (Consultissima decretorum facultas) se limitait à l’enseignement du droit canonique (ou droit canon), sous forme de lectures et d’explications du Corpus juris canonici (v. chapitre XII : La Faculté de Décret, Rue Saint-Jean de Beauvais).

    Cet ouvrage réunissait, d’une part, le décret de Gratien (Concordantia Discandortium Canonum), un recueil de plus de 3800 textes de droit canonique rédigé vers 1140 par un moine bénédictin italien, d’autre part, des décisions pontificales appelées décrétales.

     

     

        

    X. La Faculté de Décret de la Sorbonne

                                                        70. Corpus juris civilis

     

     

    En effet, la bulle Super speculam de 1219 du pape Honorius III interdisait, à Paris, l’enseignement du droit civil.

    Le droit civil s’entendait des éléments de droit romain, réunis, au VIème siècle, à l’initiative de l’empereur Justinien, dans le Corpus juris civilis (Codex lustinianus ; Digeste ; Institutes ; Novelles).

    D’aucuns estiment que, à cette époque, l’enseignement du droit civil (ou droit romain) pouvait être considéré comme une menace pour l’enseignement de la théologie donc pour l’Église elle-même. Il est vrai que, au XIIème siècle, de nombreux ecclésiastiques s’étaient détournés de l’étude de la théologie au profit de l’étude de la médecine et du droit romain. Pour eux, ces sciences profanes et concrètes étaient bien plus utiles que la théologie pour assister leurs malades et gérer leur communauté religieuse.

    Aussi pour restaurer la primauté de l’enseignement de la théologie, la décrétale d’Honorius III adopta-t-elle trois mesures : l’excommunication de tous les religieux étudiant la médecine et les lois civiles dans leur diocèse ; l’obligation pour chaque église métropolitaine de dispenser un enseignement de théologie ; l’interdiction d’étudier les lois civiles dans la ville de Paris. À tort ou à raison, cette dernière interdiction fut interprétée comme s’adressant non seulement aux ecclésiastiques mais également aux séculiers.

     

     

      

     

    Un cours de droit à l'université de Bologne

    71. Un cours de droit à l'université de Bologne (Musée civique médiéval de Bologne)

     

     

    D’autres pensent que le pape Honorius III, en interdisant l’étude du droit civil à Paris, voulait favoriser l’université de Bologne. La fondation de cette université a été fixée en l’année 1088 par un comité d’historiens présidé par le poète italien Giosuè Carducci qui, lui-même, y enseigna la littérature au XIXème siècle.

    Dès la fin du XIème siècle, les maîtres grammairiens, de rhétorique et de logique de Bologne s’intéressèrent au droit et bientôt la renommée de cette université dans toute l’Europe fut attachée à l’enseignement du droit romain dispensé par Irnérius et ses élèves Martinus Gosia, Bulgarus, Jacobus, et Hugo (v. chapitre V : L’enseignement du droit dans les Écoles du cloître).

    C’est d’ailleurs, dans cette célèbre université, la plus ancienne d’Europe, que des grands maîtres de la nouvelle université de Paris, Étienne de Tournai et Pierre Peverel, avaient étudié le droit (v. chapitre VI : La naissance du Quartier Latin au XIIème siècle).

     

     

      

     

    Etudiants d’une nation étrangère à l’université de Bologne

    72. Etudiants d’une nation étrangère à l’université de Bologne (miniature de 1497).

     

    Vade Bononiam vel Parisiis  (Va-t-en à Paris ou à Bologne). L’université de Bologne attira rapidement les étudiants de toutes les nations européennes pour son enseignement du droit.

    Ainsi Geoffrey de Vinesauf (ou Galfridus de Vinosalvo), un poète anglais du Moyen Âge, qui vécut entre la fin du XIIème siècle et le début du XIIIème siècle, pouvait-il écrire : In morbis sanat medici virtute Salernum Agros. In causis Bononia legibus armat Nudos. Parisius dispensat in artibus illos Panes unde cibat robustos. Aurelianis Educat in cunis auctorum lacte tenellos (Poetria Nova 1013-17). En clair, les étudiants en médecine gagnaient l’université de Salerne (ou celle de Montpellier) ; ceux en droit l’université de Bologne, ceux en théologie et en Arts libéraux l’université de Paris. On ajoutera que l’université de Salamanque était réputée, quant à elle, pour l’enseignement de la musique et celle d’Orléans pour l’explication des auteurs (v. chapitre XI : Les étudiants de Paris à l’Université des lois d’Orléans).

    L’attrait de l’université de Bologne pour son enseignement du droit est encore mentionné dans une ancienne revue littéraire française en ces termes : « Dans l’Europe entière, pendant tout le moyen âge, quand un père destinait son fils à occuper les grandes charges de l’église ou de l’état, et qu’il voulait lui donner une éducation, il lui disait, en le munissant d’une bourse bien garnie : Vade Bononiam vel Parisiis »  (Revue des Deux Mondes. 1888, tome 88, p. 614).

    C’est ainsi que les jeunes gens de Paris attirés par les Arts libéraux (théologie et philosophie) restaient à Paris, et ceux qui se destinaient au barreau ou à la magistrature, se dirigeaient vers Bologne. Si la fortune de ces derniers ne leur permettait pas d’entreprendre un tel voyage, ils pouvaient toujours obtenir à moindre coût leur grade de licence en droit dans nos universités de province, en particulier à Orléans, Bourges ou Angers (v. chapitre XI : Les étudiants de Paris à l’Université des lois d’Orléans).

     

     

     

    Diplôme manuscrit de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne

    73-1. Diplôme de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne (collège des Flamands) le 17 août 1713 à l’étudiant bruxellois jean-François de Fraye

     

     

    Diplôme manuscrit de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne

    73-2. Diplôme de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne (collège des Flamands) le 17 août 1713 à l’étudiant bruxellois jean-François de Fraye

     

     

     

    X. La Faculté de Décret de la Sorbonne

    73-3.  Diplôme de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne (collège des Flamands) le 17 août 1713 à l’étudiant bruxellois jean-François de Fraye

     

     

     

    X. La Faculté de Décret de la Sorbonne

    73-4. Diplôme de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne (collège des Flamands) le 17 août 1713 à l’étudiant bruxellois jean-François de Fraye

     

     

     

    Diplôme de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne

    73-5. Diplôme de droit canon et de droit civil décerné par l’université de Bologne (collège des Flamands) le 17 août 1713 à l’étudiant bruxellois jean-François de Fraye 


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