• XXXVIII : Construction du Grand Amphithéâtre de 1828 à 1831

     

     

     

    L’École de Droit, fondée en 1783, place du Panthéon

                          1. L’École de Droit, fondée en 1783, place du Panthéon 

     

     

     

    « Vous savez, enfants, la principale école de droit se trouve à Paris, en face du Panthéon » (G. Bruno : Le tour de la France par deux enfants. Devoirs et patrie », édition Belin, 1877, chapitre LXXVII).

     

     

     

     

     

     

     

    L’École de Droit de Paris sur un plan levé avant les travaux d’extension réalisés à la fin du XIXème siècle

     

    2. L’École de Droit de Paris sur un plan levé avant les travaux d’extension réalisés à la fin du XIXème siècle.

     

     

      Ce plan de Paris, publié par Hachette au XIXème siècle, montre l’emplacement de l’École de Droit de Paris (encadrée en jaune par votre serviteur J), achevée par l’architecte Jacques-Germain Soufflot en 1774, avant les travaux d’extension de ses bâtiments, réalisés sous la IIIème République (voir le prochain chapitre XXXIX : Les travaux d’agrandissement de 1876 à 1900). 

     

      Contrairement au plan de l’École de Droit levé par Edme Verniquet entre 1785 et 1791 que j’ai précédemment mis en ligne (chap. XIX, L’École de Droit en 1774, place du panthéon, n° 140), celui-ci mentionne la rue Soufflot (dénommée rue du Panthéon-Français avant 1807), qui borde l’École de Droit, et dont le percement avait commencé en 1760. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, la rue Soufflot s’achevait au niveau de la rue Saint-Jacques, formant une impasse.

     

     

     

     

     

    Les travaux de la rue Soufflot commencés sous le Second Empire (photographie de Charles Marville

     

    3. Les travaux de la rue Soufflot commencés sous le Second Empire (photographie de Charles Marville. 1813-1879).

     

     

    Son prolongement vers le boulevard Saint-Michel et le Jardin du Luxembourg fut réalisé entre 1846 et 1876. 

     

     

     

     

     

    Tableau des inscriptions prises à l’École de Droit de Paris depuis son rétablissement en vertu de la loi du 22 ventôse an XII (13 mars 1804) jusqu’à l’année scolaire 1839-1840

     

    4 Tableau des inscriptions prises à l’École de Droit de Paris depuis son rétablissement en vertu de la loi du 22 ventôse an XII (13 mars 1804) jusqu’à l’année scolaire 1839-1840 (les cours ont été ouverts en novembre 1806).

     

     

        De 1805 à 1840, l’École (ou la Faculté) de Droit de Paris a connu une grande attractivité. Pendant cette période, elle est passée de 500 à plus de 3000 étudiants dont plus d’une centaine d’étudiants étrangers russes, égyptiens, roumains ou grecs.

     

         Des mesures durent être prises sous la Restauration (1814-1830) et au tout début de la Monarchie de juillet (1830-1848) pour permettre l’accueil de ces nombreux étudiants de la Faculté de Droit de Paris qui en sortaient, pour la plupart, avocats sans la moindre cause à plaider, comme Marius Pontmercy le jeune premier des Misérables de Victor Hugo (voir dans la rubrique Au Quartier Latin de ce blog, le chapitre : Marius, avocat indigent, et Cosette au Jardin du Luxembourg). 

     

     

     

     

     

    L’ancien amphithéâtre de la Faculté de Droit de Paris (photographie de Charles Marville

     

    5 L’ancien amphithéâtre de la Faculté de Droit de Paris (photographie de Charles Marville 1813-1879)

     

     

          Car, en effet, à l’origine, les bâtiments de la Faculté de Droit de la place du Panthéon comportaient un seul amphithéâtre qui suffisait pour les cinq cours de droit dispensés aux jeunes messieurs qui avaient pu échapper à l’enrôlement dans l’armée napoléonienne par voie de tirage au sort.

     

    Ils étaient 500 inscrits pour l’année scolaire de 1805-06 ; 667 pour l’année scolaire de 1806-07 ; 920 pour l’année scolaire de 1807-08 ; et 1095 pour celle de 1808-09.

     

         Mais la chute du Premier Empire, l’abolition de la conscription et l’attrait de la bourgeoisie pour les nouvelles carrières judiciaires et administratives provoquèrent une augmentation très importante du nombre des étudiants de la Faculté de Droit de Paris :

     

    1720 inscrits pour l’année scolaire de 1816-17 ; 2055 pour l’année scolaire de 1817-18 ; 2388 pour l’année scolaire de 1818-19 ; 3097  pour l’année scolaire de 1819-20 !

     

     

     

     

    L’église de la Sorbonne attribuée à la seconde section de la Faculté de Droit de Paris (photographie de Friedrich Von Martens

    6 L’église de la Sorbonne attribuée à la seconde section de la Faculté de Droit de Paris (photographie de Friedrich Von Martens, c. 1855).

     

         Sous la Restauration (1814-1830), Louis XVIII fut donc obligé, pour permettre l’accueil de tous ces jeunes gens, de diviser la Faculté de Droit de Paris en deux sections (ordonnance du  24 mars 1819). La seconde section se vit alors attribuer, par un arrêté du 13 octobre de la même année, des salles de la Sorbonne ainsi que l’église désaffectée de la Sorbonne.

     

    Cette église, qui abrite le tombeau de Richelieu sculpté par Girardon, est également connue sous le nom de Chapelle Sainte Ursule de la Sorbonne. Elle avait été construite entre 1635 et 1642 par l’architecte Lemercier sur les ruines d’une chapelle de l’ancien collège de Robert de Sorbon, devenu l’Université de la Sorbonne (le Rectorat et la chancellerie des universités de Paris [Ministère de l'Éducation], sont aujourd’hui les propriétaires de l’église de la Sorbonne).

     

     

     

     

     

    L’intérieur de l’église de la Sorbonne vers 1787 (gravure de Jean-François Janinet

     

    7 L’intérieur de l’église de la Sorbonne vers 1787 (gravure de Jean-François Janinet. Source : musée Carnavalet, n° d’inventaire G 3844).

     

     

    En 1794, l’église de la Sorbonne avait été saccagée par les révolutionnaires parisiens pour se venger de la politique fiscale de l’Ancien régime, symbolisée par le cardinal de Richelieu. Depuis, désaffectée et en fort mauvais état, elle servait d’ateliers à des artistes sculpteurs qui ne pouvaient plus travailler au Louvre.

     

    Après quelques travaux, les étudiants de la seconde section de la Faculté de Droit de Paris purent donc, dès l’année scolaire de 1809-1810, y suivre les cours de droit dispensés par les professeurs Delvincourt, Morand, Portiez de l’Oise, Pigeau, Berthelot,  Pardessus et Boulage (voir le chapitre XXXII de cette rubrique : Les chaires de la Faculté de Droit de Paris au XIXe siècle).

     

     

     

                             

    Le collège du Plessis sur le plan de Turgot de 1739      

                        8 Le collège du Plessis sur le plan de Turgot de 1739

     

    Des cours de droit furent également donnés, en 1823, sous la Restauration, dans une salle du collège du Plessis, aussi appelé collège de Plessis-Sorbonne (les bâtiments de ce collège, fondé en 1322, ont été détruits en 1864 et, sur son emplacement, a été construite la partie nord du Lycée Louis-le-Grand, 123 rue Saint-Jacques [cour Molière]).

     

           

     

             

                      Entrée du collège de Plessis-Sorbonne (1779)                    

                             9 Entrée du collège de Plessis-Sorbonne (1779)

     

    Nos jeunes messieurs et leurs professeurs de l’École de Droit de la place du Panthéon  accédaient à cette salle du collège du Plessis, mise à leur disposition, par l’entrée principale du collège qui donnait sur la rue Saint-Jacques. Malheureusement pour nos jeunes et moins jeunes hommes de lois, « cette salle était extrêmement inconfortable » (Paris, capitale juridique : 1804-1950. Étude de socio-histoire sur la Faculté de Droit de Paris, sous la direction de Jean-Louis Halpérin, 2011, éditions rue d’Ulm, p. 26).

     

     

     

     

    Le nouvel amphithéâtre de la Faculté de Droit de Paris (L’Illustration, 1847)

    10 Le nouvel amphithéâtre de la Faculté de Droit de Paris (L’Illustration, 1847)

                                                                                                                                              

     

         En raison de l’augmentation du nombre de cours (5 chaires en 1805-1806 ; 16 chaires depuis une ordonnance royale du 24 mars 1819) et plus encore d’étudiants (500 en 1805-1806 ; 1441 en 1810-1811, 2055 en 1817-1818 ; 2610 en 1829-1830), un vaste amphithéâtre circulaire fut alors construit à l’arrière du bâtiment de la Faculté de Droit entre 1828 et 1830-1831 (les assemblées municipales du XIIème arrondissement s’y tenaient également !).

     

      Il était désigné sous le nom de nouvel amphithéâtre, celui d’ancien amphithéâtre étant réservé à celui du bâtiment primitif. Un troisième amphithéâtre, plus petit, fut édifié dans l’une des salles de l’ancien bâtiment pour les cours de doctorat.

     

    Les normes de construction des amphithéâtres n’étant pas sans rappelées celles aujourd’hui en vigueur dans nos universités (J : voir dans la rubrique Drôle d’en-droit de ce blog, mes cinq chapitres intitulés : Amphis en ruine de nos universités), plusieurs des éminents professeurs de la Faculté de Droit de l’époque (Blondeau, Du Caurroy, Delvincourt, De Portets, Morand, Duranton, Demante, Bugnet, Pardessus, Berrat-Saint-Prix, Demiau-Cronzilhac), se plaignirent aussitôt « de la condensation de la vapeur d’eau sur les vitres des combles, voire de véritables inondations, et de problèmes d’écho dans cette salle de grande dimension » (AN AJ16/1789, 13 janvier 1831). C’est la raison pour laquelle, plusieurs dizaines d’années plus tard, après maintes discussions et réflexions dignes des meilleures comédies de nos grands boulevards, la Faculté de Droit de Paris connut des travaux bien plus importants encore :

     

            A très bientôt donc pour le chapitre XXXIX : Les travaux d’agrandissement de 1876 à 1900


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